ACiDPoP! - Ou 114 Lignes, 56 Paragraphes, 6123 Caractères (espace compris) et 1090 Mots.

114lignes


Tu les bouffes toi, les costumes de Pierre Cardin?

Tu replis ta gueule comme pour faire jolie, comme pour faire joujou, devant les chats aristocrates qui se pavanent du fond de ta cour ; pour paraître plus vieux ou plus vieille, ou au final de toute manière, pour paraître "plus" qu'il n'est nécessaire.
Fais gaffe, tu baves toujours tes paroles pleines de sécheresse qui comme par magie débarquent toujours quand c'est pas leurs tours, ou quand c'est fini. Tu ressors toujours tes vieilles lettres de noblesse, et tu ne t'en rends même plus compte ; tu parles, tu ris avec elles sans aucun détour, comme si tu baisais un chevreuil mort, l'aimant comme les amants que vous furent sous de plus beaux jours. T'as niqué ta pédale pauv'con... mais au moins... t'auras plus besoin d'essence! Et puis l'essence, c'est bien beau, mais ça ne fait rien pousser dans les potagers! Tu les bouffes, hein? Toi? Les costumes de Pierre Cardin?

Minable, tu dors, et tu te vois disloqué au-delà de toi-même ; et tes amours morts qui ne renaîtront pas et qui resteront morts tant que se feront violer les petits chats dans la douce chaleur de l'été. Faut bien l'avaler tout ça si t'arrêtes pas de tournoyer, faut bien se rendre à l'évidence, et puis 'faut "bien penser" ; Allé! Range-moi toutes ces chemises froissées de bonnes intentions : "sort, baises et crèves! Bois du vin comme s'il était minuit!"... mais il est onze heures du mat' et tu grattes tes os pour y voir plus clair... voire une lumière d'intérêt.

Puis arrête... arrête de te toucher, ça sert à rien ;
T'es comme une algue molle qui dérive au grès d'on n'sait quoi ;
T'as déserté, avec exactement les mêmes raisons que quand on décide d'quitter un homme : pour de bonnes raisons...
Tu boufferais même des cédilles,
Pour éviter de tuer ces chiens,
Que tu aimes,
Que tu auras toujours aimé,
Pour que ta fin vienne,
Comme dans un songe à la Francis Cabrel...
Comme tu as peur du soleil ;
Tu aimerais tellement garder tes ombres telles que tu les connais.

Si tu étais un homme,
T'aimerais avoir des seins pour pouvoir les tripoter quand bon te semble.
Si tu étais une femme,
T'aimerais avoir des couilles pour t'auto-enfanter
Et avoir une bite au milieu d'la gueule pour pouvoir toujours pisser plus loin qu'les autres.

Pense à ne plus te dupliquer chaque fois que tu en as l'occasion ; choisis-toi un nom et tiens-toi s'y.

Cette manie de pédaler chez toi ça me rend fiévreux et ça me file l'herpès. Si encore tu pédalais avec grâce... mais non... tout ce que tu trouves à faire c'est de pédaler comme sur un pédalo à marée basse. Si t'es trop timide pour mettre les pieds dans l'plat, ça se comprend, mais fous au moins les pied dans l'eau bordel! Tu veux perdre l'usage de tes jambes juste pour ne plus être dérangé? Rester tranquille, comme un bunker qui dort, qui attend pour toujours la fin de la paix, tapissé en son for intérieur d'espérances morbides coulées dans du béton armé, armé pour les siècles à venir.

Mais nous, les siècles, ça nous dérange. On cherche à les fuir. Voilà! Pourquoi? Parce qu'on en a plein le Tupperware de bouffer des huîtres, une fois par an pour "bien faire", pour "être acceptable". Mais toi... tu ne les avales pas les huîtres, bien sûr que non : tu les mâches, pour être cohérent jusque dans les accents circonflexes, et tu crois bouffer du bonheur... parce que tu les bouffes toi, hein? Les costumes de Pierre Cardin?

Comme un vieux miroir, tu n'arrives plus à distinguer ce que tu reflètes. Tu n'es qu'un vague espoir qui se balade vaguement de main en main et qui, le vague à l'âme, crois donner de l'inspiration à ceux que l'on appelle les "poètes" - mais qu'est-ce qu'il y a de plus ringard et miteux que ce mot, à part peut-être le fait de l'incarner? Bah ouais, t'as encore gagné, j'en suis déjà à six-cent-soixante-dix-neuf mots et ça a beau être l'enfer, t'attends même pas avant de traverser. T'es tellement cave que t'as pas d'plafond dans l'grenier ; ta maison est pleine d'infiltrations d'idées, ça suinte dans tous les coins, regarde, là, ça me rappelle Verlaine et les Schtroumpfs. Une grand-mère en pantoufle qui s'fait sauter l'caisson, même ça, ça ne te rappelle plus ton enfance. T'imagines à quel point tu en es arrivé? À quel point tu arrives seulement à vivre à travers les autres?

Au fond, t'es qu'un pigeon qui mangerait n'importe quelle miette... du moment qu'ça y ressemble. T'es comme une feuille de platane en plein été, impatiente que l'automne arrive, pour enfin toucher terre. Tu virevoltes comme un papillon mort et tu attends...

tu attends qu'un abruti pose son stylo sur une feuille ;
peu importe le stylo et peu importe la feuille,
mais surtout, peu importe l'abruti et peu importe sa gueule.
T'attends qu'une connasse pose ses doigts sur un clavier,
azerty, qwerty, peu importe, du moment que ça écrit...
et une connasse crois-moi, ça écrit... et pas qu'un peu.
De toute façon, l'encre tu t'la fous en intraveineuse,
et les pixels tu les sniffes, alors à quoi bon?
Puisque t'es qu'un médium prêt-à-poétiser,
puisque que tu t'en fous qu'ça ait d'l'allure,
parce que tu préfères le fast au good,
du moment qu't'es là? Hein? Tout va bien?
Avoue qu'tu les bouffes, toi, les costumes de Pierre Cardin nom de dieu.

ah mais putain... va pas l'prendre mal merde!

Mais arrête de rêver à tes amants morts,
Nous,
On est tous tes chevreuils,
Nous,
On en veut d'la douce chaleur d'été,
Et des hautes algues toutes inclinées.
On est tous prêt à les boire, tes paroles pleines de sécheresse,
On aurait même pas repassé nos chemises pour t'faire plaisir,
Puis dans l'fond, on aime ça te voir te multiplier,
On t'en donnerait, nous, des jerricans pleins d'essence,
Des containers remplis à ras bord de pédales neuves...
Et puis les cadavres... on sait qu't'en as déjà vu :

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux [.]

C'est pas que t'es une pute à poètes, mais c'est que t'y ressembles. Parce que moi aussi, ça fait belle lurette que j'en bouffe des costumes de Pierre Cardin ; et c'est que comme ça qu'on développe sa culture ici, bah ouais... c'est c'qu'on m'a dit.





Texte : X l'anonyme

Les costumes de Pierre Cardin

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