ACiDPoP! - Bardot Selon Beauvoir (1960).

En 1960, Simone de Beauvoir, l'auteur du Deuxième sexe, a écrit dans le magazine américain Esquire un article "Lolita syndrom" ...


... analysant le phénomène B.B, Brigitte Bardot, star aussi adulée que décriée dans les années 60. Check This Out!



"Brigitte Bardot est une nouvelle Eve qui combine "le fruit vert" et la "femme fatale". Elle est le plus parfait spécimen de ces nymphes ambiguës. Vue de dos, son corps mince et musclé de danseuse est presque androgyne.


La féminité triomphe dans sa gorge ravissante. Les longues tresses voluptueuses de Mélisande glissent sur ses épaules, mais sa coiffure est celle d'une gitane.




Ses lèvres font une moue boudeuse, mais en même temps invitent au baiser.


Elle se promène pieds nus, dédaigne les vêtements élégants, les bijoux, les gaines, le parfum, le maquillage, tous les artifices.



Cependant sa démarche est lascive et un saint vendrait son âme pour la voir danser. (...) Elle est sans mémoire, sans passé, et, grâce à cette ignorance, elle garde la parfaite innocence qui est inhérente au mythe de l'enfance.


(...) Elle est boudeuse et capricieuse. (...) On la décrit comme un être instinctif, qui suit aveuglément ses impulsions



(...) Elle est fantasque, changeante, imprévisible dans ses humeurs, et bien qu'elle conserve la limpidité de l'enfance, elle en a également gardé le mystère.


Tout compte fait, une étrange créature, et cette image ne s'écarte pas du mythe traditionnel de la féminité.


(...) B.B n'essaie pas de scandaliser. (...) Elle suit ses inclinations. (...) Les fautes morales peuvent être corrigées mais comment pourrait-on guérir B.B de cette éblouissante vertu : l'authenticité.




Ni les coups ni les raisonnements ne peuvent la lui ôter. Elle rejette non seulement l'hypocrisie et les reproches, mais aussi la prudence, les calculs et n'importe quelle préméditation.





(...) C'est pourquoi une nombreuse arrière-garde à l'esprit traditionaliste déclare que B.B est le produit et la représentante de l'immoralité de l'époque.

La femme convenable ou peu désirable peut se sentir à l'aise devant les Circés classiques qui doivent leur pouvoir à de ténébreux secrets. Du haut de leur vertu, la fiancée, l'épouse, la maîtresse au grand coeur et la mère despotique sont promptes à damner ces sorcières.

avec Jeanne Moreau




(...) Mais si le Mal prend les couleurs de l'innocence, elles entrent en fureur. Il n'y a rien d'une mauvaise femme en B.B. La franchise et la bonté se lisent sur son visage. (...) Elle n'est ni dépravée ni vénale.




BB est désirable sans être une femme fatale, pas une vamp, ce que les hommes ne lui pardonnent pas. Elle montre son corps, ni plus ni moins, et ce corps est rarement immobile.


Elle marche, elle danse, elle bouge. Son érotisme n'est pas magique, il est agressif.

Dans le jeu de l'amour elle est autant le chasseur que la proie. (...) Dans les pays latins où les hommes s'accrochent au mythe de la femme-objet, le naturel de B.B semble plus pervers que n'importe quelle sophistication.




Mépriser les bijoux, le maquillage, les talons hauts et les gaines, c'est refuser de se transformer en idole. C'est s'affirmer comme la semblable et l'égale de l'homme, c'est reconnaître qu'entre la femme et lui il y a le désir et le plaisir mutuels.




Brigitte s'apparente en cela aux héroïnes de Françoise Sagan, bien qu'elle s'en défende. La plupart des gens n'ont pas le courage de limiter la sexualité à ce qu'elle est et d'en admettre le pouvoir.


La rédemption définitive d'une vedette se fait par le mariage et la maternité. Brigitte ne parle que vaguement de se marier.

Cependant elle déclare avec enthousiasme qu'elle adore la campagne et qu'elle rêve d'acheter une ferme. En France l'amour des vaches est considéré comme un gage de haute moralité.




C'est sa franchise qui, plus que tout, dérange le public français et enchante les américains. B.B a dit "Je veux qu'il n'y ait ni hypocrisie, ni sottises à propos de l'amour."



Le déboulonnage de l'amour et de l'érotisme est une entreprise qui peut avoir plus de conséquences qu'on ne l'imagine. Aussitôt qu'on touche à un mythe, tous les mythes sont en danger."



Simone de Beauvoir
Brigitte Bardot and the Lolita Syndrome,
Arno Press, new edition, 1960, 52 p




2 commentaires:

Pat Rik a dit...

Très bon post !
Mais force est de constater le recul de notre société par rapport à BB !
Brigitte on t'aime ! ;-)

°DDA° a dit...

Et celui de BB par rapport à la société d'aujourd'hui... :)

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