ACiDPoP! - Jung et les EMI.

Au début de l'année 1944, Carl Jung eut un infarctus. Il relata dans son autobiographie les "délires et visions" qu'il eut alors...


Son déroulement comporte de nombreux points communs avec les descriptions d'EMI. Check This Out!

"Ils doivent avoir commencé alors qu'en danger de mort, on m'administrait de l'oxygène et du camphre. Les images avaient une telles violences que j'en conclus moi-même que j'étais tout près de mourir. (...) Quoi qu'il en soit, des choses fort étranges pour moi commencèrent à se dérouler.


Je croyais être très haut dans l'espace cosmique. Bien loin au-dessous de moi j'apercevais la sphère terrestre baignée d'une merveilleuse lumière bleue. Je voyais la mer d'un bleu profond et les continents (...) Je savais que j'étais en train de quitter la terre. Plus tard, je me suis renseigné et j'ai demandé à quelle distance de la terre on devrait se trouver dans l'espace pour embrasser une vue d'une telle ampleur : environ 1 500 kilomètres ! (...)



Quelque chose de nouveau entra dans mon champs visuel. A une faible distance, j'aperçus dans l'espace un énorme bloc de pierre, sombre comme une météorite , à peu près de la grosseur d'une maison , peut-être plus gros. (...) Une entrée donnait accès à un petit vestibule ; à droite sur un banc de pierre, un indien à la peau basanée était assis dans la position du lotus, complètement détendu , en repos parfait ; il portait un vêtement blanc. Deux marches conduisaient à ce vestibule ; à l'intérieur, à gauche, s'ouvrait le portail du temple (...)

Quand je m'approchai des marches par lesquelles on accédait au rocher, je ressentis une très étrange impression : tout ce qui avait été jusqu'alors s'éloignait de moi. Tout ce que je croyais, désirais ou pensais, toute la fantasmagorie de l'existence terrestre se détachait de moi ou m'étais arrachée ; processus douloureux à l'extrême. Cependant quelque chose en subsistait, car il me semblait avoir alors, près de moi, tout ce que j'avais vécu ou fait, tout ce qui s'était déroulé autour de moi. Je pourrais tout aussi bien dire : c'était près de moi et j'étais cela ; tout cela en quelque sorte me composait. J'étais fait de mon histoire et j'avais la certitude que c'était bien moi. (...) Cet évènement me donna l'impression d'une extrême pauvreté, mais en même temps d'un extrême satisfaction. Je n'avais plus rien à vouloir, ni à désirer; j'étais pourrait-on dire, objectif, j'étais ce que j'avais vécu. (...) Plus aucun regret que quelque chose fût parti ou enlevé. Au contraire : j'avais tout ce que j'étais et je n'avais que cela.

J'eus encore une autre préoccupation : tandis que je m'approchais du temple, j'avais la certitude d'arriver dans un lieu éclairé et d'y rencontrer le groupe d'humains auquel j'appartiens en réalité. Là je comprendrais enfin - cela aussi était pour moi une certitude - dans quelle relation historique je me rangeais, moi ou ma vie. Je saurais ce qui était avant moi, pourquoi j'étais devenu ce que je suis et vers quoi ma vie continuerait à s'écouler.

(...) Tandis que je méditais sur tout cela, un fait capta mon attention : d'en bas, venant de l'Europe, une image s'éleva : c'était mon médecin, ou plutôt son image, encadrée d'une chaîne d'or ou d'une couronne dorée de lauriers. Je me dis aussitôt : "Tiens! C'est le médecin qui m'a traité!"

(...) Quand il fut arrivé devant moi, planant comme une image née des profondeurs, il se produisit entre nous une silencieuse transmission de pensées. Mon médecin avait été en effet délégué par la terre pour m'apporter un message : on y protestait contre mon départ. Je n'avais pas le droit de quitter la terre et devais y retourner. Au moment où je perçus ce message, la vision disparut.

J'étais déçu à l'extrême ; maintenant tout semblait avoir été en vain. Le douloureux processus de "l'effeuillement" avait été inutile : il ne m'étais pas permis d'entrer dans le temple ni de rencontrer les hommes parmi lesquels j'avais ma place.


(...) En réalité, il se passa encore trois bonnes semaines avant que je pusse me décider à revivre, je ne pouvais pas me nourrir, j'éprouvais du dégoût pour tous les mets. Le spectacle de la ville et des montagnes que j'apercevais de mon lit de malade me semblait être un rideau peint, percé de trous noirs ou une feuille de journal trouée, pleine de photographies qui ne me disaient rien. Déçu, je pensais : "Maintenant, il me faut retourner dans le système des caissettes!" Il me semblait en effet que derrière l'horizon du cosmos on avait construit artificiellement un monde à trois dimensions dans lequel chaque être humain occupait une seule caissette. Et désormais, il me faudrait à nouveau me convaincre que cela avait quelque valeur ! La vie et le monde entier m'apparaissaient comme une prison et je m'irritais de penser que je retrouverais tout cela en ordre. Voilà qu'on s'était réjoui de s'être senti dépouillé de tout et déjà, c'était à nouveau comme si j'étais - ainsi que tous les autres hommes - suspendu à des fils dans une caissette. Lorsque j'étais dans l'espace j'étais sans pesanteur et rien ne pouvait m'attirer. Et maintenant, voilà que c'en était fini de tout cela."
S'ensuivit une période où alternèrent des phases de déprime et des visions nocturnes superbes, dont Jung dit qu'elles furent ce qu'il vécut de plus prodigieux : "Après cette maladie commença pour moi une période fertile de travail. Bon nombre de mes oeuvres principales ne furent écrites qu'après. La connaissance ou l'intuition de la fin de toutes choses me donnèrent le courage de chercher de nouvelles formes d'expression. (...)
Ma maladie eut d'autres retentissements : ils consistèrent, pourrais-je dire, en une acceptation de l'être, un "oui" inconditionnel à ce qui est, sans objection subjective, en une acceptation des conditions de l'existence, comme je les vois, comme je les comprends ; acceptation de mon être simplement comme il est."

Extrait de Ma vie, Souvenirs, rêves et pensées,
de Carl Gustav Jung
Gallimard, Folio, 1991
2E Le Magazine de l'INREES - N°9 - Janvier 2011




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