ACiDPoP! - Jayne Mansfield Ou Le Génie De La Démesure.

Dans la mythologie des stars, Jayne Mansfield représente d'une certaine manière le négatif de l'image de Marilyn ...


... encouragée - dès le départ - par les studios pour créer un effet anti-Monroe, sa réussite aura été de prendre pour cible un public beaucoup plus populaire, dont le mauvais goût reste finalement encore de nos jours un critère de santé.



Le phénomène Jayne Mansfield dépasse très vite le monde du cinéma et prend racine dans les super-marchés, kermesses et music-halls bon marché de l'Amérique profonde ; là, on n'ergote pas sur le nom d'un cinéaste, ni sur la performance artistique d'un acteur. Ce que l'on demande aux protagonistes de ce genre de spectacle, c'est d'oser, d'étonner et de se moquer du bon chic bon genre.


L'intelligence de Jayne Mansfield, c'est de l'avoir compris à partir du jour où elle découvre l'atout que représentent ses seins légendaires dont elle apprend à se servir avec génie, en exagérant leur volume et en s'arrangeant toujours pour avoir les accidents de bretelles propres à soulever l'enthousiasme des photographes et les rires gras d'un public complice et prêt à en redemander.


Si la carrière d'actrice de Jayne Mansfield est loin d'être négligeable, si les metteurs en scène chevronnés comme Frank Tashlin, Stanley Donen et Raoul Walsh l'ont engagée, conscients de son formidable impact et sachant qu'elle valait mieux que l'image de "la blonde idiote" concoctée par les studios, force est de constater que depuis sa disparition tragique en 1967, ce que le public a retenu d'elle concerne d'abord son personnage de super-star, baroque et surréaliste, et son apparition délirante de poupée hollywoodienne prête à se jeter dans une piscine de champagne à toute heure du jour ou de la nuit.

Jayne Mansfield For President (1964)

C'est également cet angle de sa personnalité qui nous intéresse, parce que sa démesure explique son échec en tant que comédienne et le vide de sa vie privée.

1959

Il est vrai qu'on peut s'étonner d'un tel jugement lorsque l'on contemple dans les archives de n'importe quel magazine populaire les tonnes d'articles et de reportages consacrés à cette blonde explosive qui avait l'art d'alimenter la chronique avec une méthode que personne ne retrouve aujourd'hui.



Mais cette soif permanente de publicité n'a pas toujours apporté à Jayne la place qu'elle souhaitait ; il y avait là une certaine contradiction à vouloir forcer l'estime des metteurs en scène et de se livrer - dans le même temps - à une surenchère délirante, plus proche des vedettes de variétés que des stars réputées inaccessibles du septième art.


Cette contradiction, souvent dénoncée par Franck Tashlin qui avait pour Jayne une amitié bien sincère, n'a jamais été résolue : le rapport des médias avec le phénomène Mansfield était tel qu'aucune consigne de modération ne pouvait être envisagée.

Avril 1957 - Coup de boobs et de pub.
Jayne profite de la venue de Sophia Loren.



Les photos, les interviews, les potins, les vrais et faux scandales faisaient partie du pain quotidien de Jayne : nul n'avait autant qu'elle le sens de la publicité, peut-être parce que toute sa célébrité est partie d'un "coup", de ce que les spécialistes appellent une provocation. C'était tout simplement son apparition en maillot rouge au gala d'Underwater, titre qui autorisait l'extravagance d'un bain de minuit des vedettes, et où Jayne s'était invitée à la grande joie des photographes : du jour au lendemain, l'inconnue passait à la "une" des revues, et n'échappa même pas à la sagacité du reporter de "Variety".


A cette époque, Jayne s'ingéniait à suivre le parcours de Marilyn, mais elle savait que son royaume était le baroque et non le mystère.


Blonde platine mais plantureuse, d'humeur toujours joyeuse, elle était le contraire d'une angoissée : ne refusant aucune apparition publique, elle menait sa campagne de star comme un homme politique, payant de sa personne là où les sponsors réclamaient sa présence.



C'est à l'époque où elle cumulait les titres de "Miss" dans les foires que Jayne Mansfield parachevait la fameuse panoplie de super-star hollywoodienne, dont elle ne s'est jamais séparée : ses ensembles choisis dans toutes les variétés de rose agrémenté de noir, ses chiens peints également en rose indien, et plus tard ses enfants à la traîne sont entrés dans la légende, y compris pour les dizaines de millions d'Américains ou d'étrangers qui - pour n'avoir jamais vu ses films - n'en ignoraient cependant aucun détail!


Les chaînes de télévision et les animateurs des "shows" les plus populaires ne pouvaient résister à un tel phénomène, dont ils savaient qu'il allait décupler le taux d'écoute : Jayne devenait - avant d'avoir connu les rôles à succès comme Marilyn - un personnage qui meublait l'ennui des foyers américains.


Jayne Mansfied on TV "What's My line" (1957)

Sa verve dans les émissions télévisées, la couverture que "Life" lui consacrait et la chaleur de l'accueil du public irritaient cependant les autocrates des grandes compagnies : l'insolence de Jayne était de diriger elle-même sa propre publicité sans tenir compte de l'avis des studios, alors que la discipline prévue par les contrats était impitoyable.

En couverture de LIFE 23 avril 1956

Devant le raz de marais de la faveur populaire, la "Fox" a fini par céder : le succès de Jayne Mansfield à Broadway, l'éloge des critiques et l'idée que la pièce de George Axelford pourrait être adaptée au cinéma ont été déterminants dans ce revirement d'attitude.


Jayne & Mickey Hargitay

A peine le fameux contrat des sept ans est-il signé que Jayne fait exploser une nouvelle qui fait l'effet d'une bombe : elle déclare qu'elle épouse Mickey Hargitay, l'ancien Monsieur Muscle, pour ses beaux pectoraux, et parce qu'il fait bien l'amour.

Jayne & Mickey Hargitay

Provocation d'un exécrable mauvais goût, déclarent les gardiens de vertu des studios, qui rêvent pour toutes leurs vedettes du mariage princier d'une Grace Kelly. Mais Jayne Mansfield n'en fait qu'à sa tête et, une fois de plus, sa stratégie publicitaire n'est pas prise en défaut : les couches populaires qui l'ont sacrée star apprécient cette offensive du langage vert et cette reconnaissance de la vie sexuelle dans le destin d'une femme qui - de surcroît - insiste sur son côté maternel et déclare vouloir des dizaines d'enfants pour peupler son Palais Rose, une construction délirante qu'elle mène à terme grâce à l'héritage imprévu de cent mille dollars, légués par son grand-père.


A ce point du feuilleton picaresque de la vie de Jayne Mansfield, il faudrait évoquer les mille et une anecdotes qui accompagnent chacun de ses tournages ou ses spectacles de music-hall. Laissons ce souci aux historiens du cinéma ou aux chroniqueurs, pour ne retenir que les moments-phares de sa biographie, du moins ceux qui mettent en lumière les chances qu'elle a saccagées de son propre chef, à défaut d'être lucide, et de faire des choix opportuns. C'est l'étendue et la nature de la faille qui nous intéressent chez Jayne Mansfield parce qu'on y retrouve cette fameuse malédiction inhérente au "star system", et de surcroît tout à fait exemplaire par sa modernité.


En effet, la méthode Mansfield a fait beaucoup de disciples du côté des "pop stars" : n'est-ce pas cette outrance qui a failli coûter son éclipse à Mick Jaegger, n'est-ce pas l'exhibitionnisme flamboyant qui a ruiné l'espoir d'Alice Cooper, mais qui semble favoriser Michael Jackson, mais pas tout à fait Prince ?

Jayne Mansfield for president (1964)

Quoi qu'il en soit, droguée par la promotion de son image, Jayne Mansfield est passée à côté de la consécration de son talent profond qui disparaissait - malgré la preuve faite par ses films - sous le fatras de ses fariboles.


Rappelons tout de même qu'à force d'être la première à cultiver une image ringarde, Jayne ne tirait aucun parti de sa "percée" dans le cinéma ; que l'on préfère "La blonde et moi" à "La blonde explosive" parce que dans le premier on retrouve également les grandes vedettes du "rock" des années cinquante et le ton de Franck Tashlin plus insolent, n'y change rien puisque très vite ces deux films ont fait le tour du monde et passent désormais pour des chefs-d'oeuvre.

Trailer : La Blonde Et Moi
The Girl Can't Help It (1956)




Trailer : La Blonde Explosive
Will Succes Spoil Rock Hunter (1957 )



Ce n'est peut-être pas le cas de "Kiss them for me" (Embrasse-la pour moi) qui n'était pas le meilleur des films de Stanley Donen, mais où Jayne réussit à être ce qu'elle a toujours voulu, c'est à dire la partenaire de Cary Grant.

Jayne Mansfield & Cary Grant
dans "Embrasse-la Pour Moi"(1957)

En revanche, l'ambition de Raoul Walsh dans "La blonde et le shériff" était de montrer que la plastique de Jayne convenait tout aussi bien à un type d'héroïne plus classique, sans excentricités.

Jayne Mansfield dans La blonde et le Shérif (1958)

Dans une tonalité très différente et volontairement baroque, le film de Terence Young met en scène à sa manière la vulgarité flamboyante qui avait fait le succès de Jayne dans les music-halls californiens : le titre français de "Too hot too handle" est à cet égard fort explicite puisqu'il devient "La blonde et les nus de Soho".



Un festival de numéros de strip-tease prémonitoire qui annonce les imitations luxuriantes et chargées qu'on fera de Jayne Mansfield dans les belles soirées de travestis chez "Michou".


"Les Amours d'Hercule"
de Carlo Ludovico Bragaglia


A partir de ce film, les performances de Jayne Mansfield vont souffrir de l'insuccès de ses metteurs en scène et de leur pauvreté d'inspiration. On retiendra pour le côté "hénaurme" et parfaitement désopilant de l'entreprise une sorte de peplum farfelu "Les amours d'Hercule" de Carlo Ludovico Bragaglia avec Mickey Hargitay comme principal et cocasse partenaire. Et, pour son apparition intégralement nue "Promesses, que des promesses" de King Donovan...


Pour être quitte avec la chronologie, son dernier film "Guide pour mari volage" signé Gene Kelly, et avec Walter Matthan comme partenaire, est à coup sûr l'un de ses rôles les plus insignifiants, sinon qu'il est l'un des rares où elle est cadrée en gros plan avec un coupole de faux cheveux triplant le volume de sa tête...

Faut-il croire, pour mieux comprendre ces méprises en série, que le crépuscule de Jayne est la conséquence de ses déceptions sentimentales ? A dire vrai, l'étoile professionnelle avait pâli d'abord par le manque total de discernement de l'actrice : à l'inverse de Marilyn, ce n'était ni le perfectionnisme qui l'empêchait de dormir, ni l'absence de romantisme de ses amants.


Malgré ses disputes de chiffonniers avec Hargetay, son divorce, son éphémère retour au Palais Rose, il était la seule relation humaine sincère de Jayne.



Ses aventures avec Matt Cimber, producteur d'origine italienne mégalomane, et ses déboires avec Sam Brondt, son avocat plutôt escroc, font partie d'un chapitre triste et sordide où l'abus d'alcool, l'influence des drogues et celles des sectes ont pris le dessus sur la santé proverbiale d'une Jayne qui avait fini par ressembler à sa propre caricature.


En 1966,
elle est présentée à
Anton LaVey,
leader de l'Eglise de Satan,
qui fera d'elle
une grande prétresse honoraire.



Heureusement pour sa légende, fort peu de "fans" se souviennent de cette dernière période de sa vie et son évocation aujourd'hui est toujours liée aux reprises de ses meilleurs films ou à leur passage sur les chaînes de télévision.


Les initiés des années soixante auront gardé dans leur discothèque californienne quelques enregistrements délirants avec leur pochettes d'origines qui constituent à elles seules un carnaval d'excentricités.


En France, ceux qui ont vécu - comme moi - l'inoubliable tradition des bals donnés jadis par Eddie Barclay pendant le Festival de Cannes, ont assisté au fameux plongeon de Jayne Mansfield dans la piscine et à la mémorable expédition des joyeux fêtards à l'Ile du Levant, avec le cortège de mesures de sécurité qu'exigeait un tel évènement. Seul détail qui semble contrarier la légende : les chiens qui ont accompagné la star sur la Côte d'Azur cette année-là n'étaient pas roses, mais gris.

Jayne Mansfield à Cannes.



D'autres qui sont aujourd'hui des chefs de famille respectables se souviennent des tournées de Jayne Mansfield au Viêt-Nam et dans d'autres bases où les stars venaient remonter le moral de G.I.S.




A ceux qui pensent que l'accident de voiture qui a décapité Jayne Mansfield a mis un terme au redéploiement de son génie, il faut bien répondre en guise de consolation qu'ils se trompent : si la chute de Marilyn annonçait des déséquilibres psychiques de plus en plus graves, celle de Jayne Mansfield n'était pas à l'abri des pires dénouements, dans une tonalité fatalement plus sordide.


Il n'empêche que le destin de Jayne Mansfied n'a rien changé au "star-system" tel qu'il fonctionne dans les années quatre-vingt : chaque génération voit surgir deux ou trois monstres sacrés, prototypes de l'usine à rêves que l'on exploite avec la complicité du public avant qu'ils ne soient amenés à se faire "Hara kiri" au moment opportun, ce qui - de surcroît - perpétue leur légende et redouble la force de frappe de cette mythologie. N'est-ce pas cette vérité-là que Greta Garbo, la Divine, a été la seule à pressentir en s'échappant du piège infernal qui leur était tendu?


De ce côté de l'Atlantique, nous avons également notre "gourou" : l'effort de lucidité de Brigitte Bardot mérite que l'on s'y arrête, même si notre "star" nationale n'en est pas - dans sa phase actuelle - à sa dernière réincarnation !


Henry Chapier
La Malédiction des Stars (1985)



Jayne pacifies the French president.
Jayne For President (1964)

5 commentaires:

Blodhorn a dit...

c'est vrai qu'elle était prêtresse pour Lavey... ça sonne toujours bizarrement cette histoire

toujours est il qu'elle a su taper dans le redneck pour faire sa gloire mais ça ne pouvait qu'être qu'éphémère.

°DDA° a dit...

Salut Blodhorn, Meilleurs voeux pour cette année 2011. Je crois avoir lu ou entendu qu'il suffisait d'afficher un goût pour les choses coquines (sexe, alcool, drogue) pour rejoindre LaVey à cette époque.

Blodhorn a dit...

Bonne année et meilleurs voeux!

je pense que sa plastique a du plaire à Anton. Ainsi bien qu'ayant pris le prénom de Monroe, c'est bel et bien avec Mansfield que le chanteur d'Antichrist superstar a un point commun.

°DDA° a dit...

C'est vrai il aurait pu s'appeler Jayne Manson... euh ... au risque de sonner comme la chanteuse ex-playmate peut-être. lol!

Blodhorn a dit...

je pense que c'est effectivement ce qui l'a dérangé. :o)

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