Le Tour D'écrou - Turn Of The Screw

"Le Tour d'écrou", c'est l'effet supplémentaire que la présence d'un enfant dans une histoire de revenants produit. D'où une brillante démonstration d'Henry James, qui se lit avec appétit.

Henry James a su mettre dans ce court récit une atmosphère particulière qui laisse planer un mystère et qui met une certaine tension. Les deux enfants sont trop parfaits, et le renvoi de Miles de son école est inexplicable pour un garçon si adorable. L'apparition des deux personnes contribue au mystère qui semble peser dans le château, et plus particulièrement sur les enfants. Cette ombre reste présente tout au long du livre, et c'est tout doucement que la compréhension se fait, bien qu'il y ait beaucoup de non-dits. Ce n'est certes pas une histoire de fantôme qui fait peur, mais il y a quelque chose d'oppressant et un mystère qui rendent la lecture plutôt agréable.

Flora et Miles sont deux adorables enfants. Leur oncle engage une jeune femme pour les garder et il lui fait bien comprendre qu'il ne veut pas être impliqué dans la vie de ses neveux. La jeune femme tombe tout de suite sous le charme des deux enfants et pense qu'elle ne pouvait pas mieux tomber. Mais bientôt, elle rencontre dans le château deux personnes qu'elle n'avait jamais vues, deux personnes sombres, antipathiques, qui semblent vouloir du mal aux enfants.



Voici le chef d'oeuvre de l'écrivain américain le plus européen qui adopta la nationalité anglaise peu avant sa mort. Il est vrai que lorsqu'on lit Le tour d'écrou, on a vraiment une impression de vieille Angleterre un peu à la manière d'Hitchcock dans son film Rebecca : vieille bâtisse isolée, présence de fantômes etc...




Voici l'atmosphère : un soir au coin du feu, un homme raconte une histoire de revenants à une assemblée de vieilles femmes...Cette histoire lui a été racontée par l'"héroïne" de l'histoire :
Une jeune femme de la campagne vient s'occuper de deux charmants enfants orphelins, Flora et Miles. C'est leur oncle, qui ne souhaite pas s'en occuper, qui a recruté cette jeune femme. Il lui donne un ordre : ne le déranger sous aucun prétexte...La jeune femme part donc dans une vieille bâtisse à la rencontre de ses hôtes ; elle y rencontre une vieille gouvernante charmante, Mrs Grose, ainsi que deux charmants bambins qui la charment dès le premier instant : visages d'anges, intelligence et douceur....Mais bien vite, la jeune femme est perturbée par une présence inquiétante qu'elle a remarqué sur une tour à côté de la maison. Mrs Grose lui révèle qu'il s'agit de Quint, l'ancien valet, un personnage sinistre ....qui est mort l'année dernière. Une deuxième silhouette surgit quelques jours plus tard...Petit à petit, la jeune fille découvre que Miles et Flora semblent subir l'influence de ces présences fantomatiques...Elle est prête à tout pour les sauver.
Ce petit livre est considéré comme le chef d'oeuvre de la nouvelle fantastique, tout comme Le Horla de Maupassant. Comme dans cette nouvelle, une fine analyse psychologique donne toute son ampleur au texte; tout est vécu de l'intérieur, dans l'esprit de la jeune gouvernante, sans que l'auteur ne fasse part de son jugement. Hallucinations? Présence réelle? Le lecteur ne peut à aucun moment savoir....La jeune femme passe de la psychose à la lutte contre les présences. Nous admirons son sang-froid et surtout sa détermination à sauver les deux enfants qu'elle adore.
Peu importe la présence des fantômes...Ce qui compte, c'est le ressenti des personnages et leur lutte contre les présences maléfiques.
Henry James excelle autant dans la description des états d'âme de la gouvernante que dans la description des deux enfants, mi-anges, mi-démons. Il ressort de l'écriture une tension extrême qui culmine à la chute inattendue du roman mais chut !
Si vous avez aimé l'atmosphère du film Les autres d'Amenabar et les vieilles bâtisses anglo-saxonnes, vous tomberez sous le charme !


Mais c'est finalement L'incarnation par Deborah Kerr de la Gouvernante du Tour d'écrou de Henry James adapté par Jack Clayton en film noir et blanc (Les Innocents, 1961), qui laisse le souvenir le plus intense. Les deux enfants sont parfaits : le petit Miles dégage quelque chose de parfaitement inquiétant, et Flora atteint des sommets dans l'angélisme en trompe-l'œil.

Deborah Kerr, avec cette élégance et ce charme corseté plus anglais que nature, trace parfaitement la gradation de l'angoisse à la folie, jusqu'à une scène finale (l'interrogatoire de Miles) d'une puissance extraordinaire.
Le noir et blanc distille l'inquiétude encore plus que le décor du manoir. Un chef-d'œuvre.











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